Calendrier

Mai 2013
LunMarMerJeuVenSamDim
 << < > >>
  12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031  

Annonce

Qui est en ligne?

Membre: 0
Visiteurs: 2

rss Syndication

 

23 Nov 2008 - 22:04:30

Lecture analytique de l'extrait de Jacques le fataliste et son maître

Lecture analytique Jacques le fataliste et son maîtreNé, en 1713, dans une famille d’artisans aisés, Denis Diderot est voué par sa famille à l’état ecclésiastique. Tonsuré, il suit des études chez les Jésuites à Langres puis à Paris. Après une vie de bohème, il est nommé, avec D’Alembert, codirecteur de la publication de l’Encyclopédie, sa grande œuvre.  Esprit libre et frondeur, Diderot s’est essayé à tous les genres, le théâtre, le roman, l’essai et reste une figure marquante du XVIIIe siècle. Diderot a commencé à travailler sur ce court roman qu’est Jacques le fataliste en 1771. Il l’a remanié en 1778. Ce texte a été publié en 1796 (12 ans après sa mort) .Jacques le Fataliste conte les aventures et les conversations de deux cavaliers, Jacques et son maître, alors que les deux hommes cheminent vers une destination inconnue.L’extrait qui nous occupe est le début du roman dans lequel Jacques, philosophe prolixe, affirme que «  tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas était écrit là-haut ». Le fatalisme de Jacques s’inscrit d’emblée dans le texte et pousse le lecteur à se questionner sur la vision de l’homme que nous propose le roman et plus particulièrement cet extrait.Nous nous intéresserons tout d’abord  au personnage de Jacques puis à sa conception du fatalisme et enfin à ce début de récit qui se veut déroutant pour le lecteur de roman. I Le personnage de JacquesJacques apparaît comme un personnage sympathique car il a des réactions familières. Ainsi en est-il du vin bu au cabaret, de la dispute avec son père, de son enrôlement dans l’armée et de sa passion amoureuse. De la même manière, son exclamation « Que le diable emporte le cabaretier et son cabaret ! » nous propose une réaction de dépit, proche de celle que le lecteur pourrait avoir dans la même situation. Il a le pardon difficile, il n’est pas magnanime et le lecteur sait que ces deux vertus sont bien difficiles à avoir.  Il ne s’agit pas d’un héros magnifique et glorieux, caractérisé par des qualités exceptionnelles (de naissance, de courage, de beauté, de bravoure). C’est un valet, le tutoiement de son maître nous le prouve, qui réagit en homme simple.Il est cependant le héros de ce récit comme le montre le titre et la part importante que le dialogue lui consacre : 16 lignes contre 8 pour son maître. Il est là pour conter ses aventures et il ne s’en prive pas ; manifestement, il y prend du plaisir car il connaît la manière de susciter l’intérêt de son auditeur. Le présent de narration actualise les faits pour les rendre plus vivants –l. 13 à 16- et l’organisation du récit laisse de l’espace à celui qui l’écoute pour intervenir tout en le mettant en situation d’attente « JACQUES : Sans ce coup de feu, par exemple, je crois que je n’aurais été amoureux de ma vie, ni boiteux. LE MAÎTRE : Tu as donc été amoureux ? » Si Jacques est un héros, alors il est un héros picaresque auquel on s’identifie aisément. Les débuts du XVIIIe siècle ont fait honneur à ce type de personnage dont l’histoire est une suite d’aventures tour à tour heureuses ou malheureuses au cours desquelles il est valet, voleur ou mendiant. Ce héros, sorti du ruisseau, a l’intelligence de savoir tirer parti de ce qui lui arrive pour évoluer. C’est le cas de Jacques, qui a construit sa personnalité à partir de ses expériences, ses aventures,  qui peut, au moment du récit, expliquer à son maître sa conception de la vie et plus particulièrement sa conception de la liberté humaine. Homme simple, issu d’un milieu modeste, il prend ses décisions sur un coup de tête, mais garde, à travers ses tribulations, une certaine nonchalance, un certain fatalisme devant le destin. II Le Fatalisme de JacquesLe fatalisme de Jacques s’exprime à travers l’enchaînement « mécanique » des circonstances de la vie qui décident de son destin. Depuis le « mauvais vin » jusqu’au moment où il tombe amoureux, le héros semble céder aux événements plus qu’il ne décide lui-même de sa vie. Il porte un regard extérieur sur lui-même et crée dans son récit des relations de cause à effet  - implicites car il n’y a aucun connecteurs logiques- souvent comiques, établissant par exemple le lien entre un coup de feu et le fait d’être amoureux. Le fatalisme peut se résumer dans la formule utilisée ligne 4, « que tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici bas était écrit là-haut », et dans l’image développée à la ligne 19, « les bonnes et les mauvaises aventures… se tiennent ni plus ni moins que les chaînons d’une gourmette ». Ainsi, la conception de Jacques correspond à une doctrine philosophique selon laquelle les événements de la vie humaine s’enchaînent selon une logique inéluctable établie par une cause surnaturelle.Le fatalisme de notre héros est mis en évidence par l’utilisation du présent de narration lors du récit de cet enchaînement mécanique. Le présent de Jacques est  la conséquence de faits qui ont commencé, il y a bien longtemps dans le passé, au moment où il était un tout jeune homme encore dépendant de son père. En utilisant le présent, Jacques non seulement rend plus vivants des événements achevés mais encore montre l’unité, la globalité de sa vie qui dépend d’un événement fondateur : le moment passé chez le cabaretier à s’enivrer.Mais le fatalisme intéresse aussi le romancier qui enchaîne les péripéties que connaît son personnage. Il devient alors une façon de raconter une histoire, une mécanique narrative, si l’on peut dire, à l’instar du jeu de questions-réponses qui permet d’enchaîner le récit ; il concerne aussi le philosophe qui réfléchit sur les actions des hommes et leur destinée. Inscrire ainsi le fatalisme dans la structure du texte, c’est montrer une volonté de questionner, c’est dire que le texte a une autre visée que celle de raconter des histoires. Or, nous avons ici affaire avec un début de roman bien déroutant.III Un début de récit déroutantLes premières lignes d’un roman, qu’on appelle aussi « incipit », servent généralement à installer l’époque et le lieu de l’action ainsi qu’à présenter rapidement certains des personnages (voire le héros) du récit. Cette fonction d’ancrage, déterminante dans le récit réaliste, est souvent associée à une fonction dynamique qui lance « l’histoire », noue quelques éléments de l’intrigue, promise à de futurs développements. Au contraire, en commençant par une question, par un dialogue entre le lecteur et le narrateur « Comment s’étaient-ils rencontrés ? », Diderot bouleverse complètement les règles habituelles du récit. Le narrateur semble en effet se dérober à ses obligations les plus élémentaires. Il répond « de mauvaise grâce » aux interpellations impatientes du lecteur  « Que vous importe ? », « Est-ce que l’on sait où l’on va ? », avant de donner la parole aux personnages. Jacques et son maître nous apparaissent à travers leurs propos comme dans une pièce de théâtre plutôt que dans un roman. D’ailleurs, l’usage répété du nom des personnages en lettres capitales au début de chaque réplique appartient aux conventions du texte théâtral. On retrouve ici chez Diderot l’influence du roman anglais, en particulier celle de Lawrence Sterne dans ses aventures de Tristram Shandy*.Les interventions du narrateur en tout début de récit permettent aussi de susciter l’intérêt du lecteur. Ainsi, si Diderot bouleverse les règles, il n’en est pas moins qu’il veut être lu et qu’il doit donc capter l’attention de son lecteur. Le rythme du dialogue est de ce fait, très travaillé. Le maître intervient dans le discours de Jacques pour commenter, approuver, faire écho ou contester ses propos (l. 6 à 17). Les deux amis mènent alors une conversation « semi-philosophique», comme on le fait familièrement. À la fin du texte, ses interventions sont plus vives, elles marquent une surprise et un étonnement réel, qui invitent Jacques à s’expliquer, non plus en discutant de questions générales mais en racontant sa vie. La vitesse de l’échange, le dynamisme du dialogue à travers des répliques qui s’entrecroisent, ont ainsi pour fonction d’aviver la curiosité du lecteur, qui attendra désormais, tout au long du roman, le récit des amours de Jacques.Cette manière de procéder montre que Diderot s’est octroyé une grande liberté en remettant ainsi en cause les règles de l’incipit romanesque, en donnant la place du héros au valet qui acquiert grâce à son expérience la capacité de philosopher. Pourtant, cette liberté qu’il s’accorde, son personnage ne la conçoit pas, puisque qu’il se pense asservit par un destin écrit à l’avance. Conception qu’il est difficile d’accepter de la part de Diderot, philosophe des Lumières, mouvement qui prône le progrès humain par la connaissance. Nous pouvons émettre l’hypothèse que c’est durant ce récit que Jacques va concevoir qu’il a son libre arbitre mais, nous pouvons penser, et cette idée est plus immédiatement satisfaisante, que Diderot nous montre que la liberté réside dans la création et ici, dans la création littéraire. Et que, plus largement, si lui a su trouver où résidait sa liberté, chacun avait à travailler, à faire des expériences, pour trouver sa liberté. CCL
Admin · 5922 vues · 1 commentaire

Lien permanent vers l'article complet

http://coursfaciles.sosblog.fr/Premier-blog-b1/Lecture-analytique-de-l-extrait-de-Jacques-le-fataliste-et-son-maitre-b1-p22.htm

Commentaires

Commentaire de: Levrette [ Visiteur ]
j'aime ce texte
   14/10/2011 @ 07:22:18

Laisser un commentaire

Statut des nouveaux commentaires: Publié





Votre URL sera affichée.

 
Veuillez entrer le code contenu dans les images


Texte du commentaire

Options
   (Sauver le nom, l'email et l'url dans des cookies.)